Dossier spécial : les alliances paroissiales
Interview de notre évêque sur les alliances paroissiales
Mgr Bataille, pourquoi faites-vous des alliances paroissiales ? Mon prédécesseur, Mgr Dominique Lebrun, peu avant de quitter le
diocèse, avait lancé une réflexion sur l’organisation des paroisses. En arrivant comme évêque de Saint-Étienne, il m’est rapidement
apparu que c’était un chantier prioritaire. Il faut prendre en compte la situation de notre Église aujourd’hui : le nombre de fidèles,
de laïcs engagés et de prêtres est plus réduit, par conséquent les structures mises en place il y a 20 ans ne sont plus
adaptées. L’Église est vivante, elle s’adapte aux exigences de son temps.

Ne s’agit-il que d’une question de structure ?
Les structures sont nécessaires, mais elles n’ont de sens que si elles sont au service de l’évangélisation et de la vie des communautés. Il ne s’agit pas de vouloir maintenir coûte que coûte un système ni de gérer la décroissance, mais de prendre les moyens pour répondre à l’appel du Christ :« Allez ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé ».
Croyons-nous à l’actualité de cet envoi ? Heureusement, cet ordre estaccompagné d’une promesse :
« Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mat 28, 19-20)

Quel est l’objectif de ces « alliances paroissiales » ?
Nous rapprochons les paroisses pour faciliter les collaborations, partager les compétences, mutualiser les moyens, bref, créer de vraies synergies. Habituellement les paroisses garderont leur autonomie, sous la responsabilité du curé, mais leur coopération sera un vrai facteur de vitalité et de joie pour entrer toujours davantage dans la dynamique
missionnaire à laquelle le pape François appelle toute l’Église. Tout seul, on va parfois plus vite mais à plusieurs on va toujours plus loin !

Comment ont été décidésces rapprochements ?
En janvier dernier, nous avons demandé à toutes les EAP (Équipes d’Animation Pastorale) du diocèse quels rapprochements pouvaient être envisagés avec leurs paroisses environnantes. Une large concertation, tant au
plan local que diocésain, a permis de faire émerger assez facilement une carte des rapprochements qui tienne comptede la réalité humaine, de la situation géographique et des collaborations déjà existantes, sans laisser de paroisses isolées ni faire de trop gros ensembles. Ce projet a été examiné et validé par les conseils diocésains concernés. Il est maintenant prêt à être mis en œuvre, même si des
ajustements sont encore possibles.

 Ces alliances ne vont-elles pas faire des paroisses immenses et impersonnelles ?Il n’est pas facile de tenir ensemble les deux pivots de la paroisse : être à la fois une structure solide et une maison de famille, un lieu de proximité. Elle doit être « toute à tous» pour permettre aux fidèles de vivre pleinement leur foi et pour aller « aux périphéries » en annonçant la foi et en accompagnant tous ceux qui sollicitent l’Église d’une manière ou d’une autre. La paroisse doit être l’Église proche de tous, et cette proximité est assurée en particulier par les relais et par les fraternités locales missionnaires, tout spécialement dans le monde rural.

Ne risque-t-on pas de constituer les paroisses en fonction du nombre de prêtres ?
L’Église définit la paroisse comme une communauté
stable de fidèles dont la charge pastorale est confiée à un curé, communauté où l’on célèbre l’Eucharistie et les sacrements, communauté où l’on annonce et approfondit la foi chrétienne, communauté où l’on pratique la charitéentre les frères mais aussi bien au-delà, dans une attention à toutes les pauvretés. On ne peut donc pas concevoir durablement de paroisse sans prêtre et sans Eucharistie.Cela dit, un prêtre seul ne peut rien faire, c’est dans une collaboration étroite avec les laïcs engagés et si possible des diacres et des consacrés, que l’Église peut remplir sa
mission. L’Esprit offre une grande diversité de charismes complémentaires, nous avons besoin les uns des autres.

Va-t-il y avoir des fusions de paroisse ?
Aux paroisses qui sont sous la responsabilité d’un même curé durablement, il est demandé un rapprochement des EAP en vue d’une de la constitution d’une EAP unique. Un curé ne peut suivre habituellement deux paroisses,
sinon il est trop «mangé» par les réunions et les questions de fonctionnement, il ne lui reste pas assez detemps pour accompagner les personnes. C’est pourquoi dans certains cas des fusions pourront être envisagées,le moment venu.

Comment ce projet d’alliances paroissiales va-t-il être mis en œuvre ?
C’est d’abord au niveau des prêtres et des EAP qu’il faut
réfléchir en se posant une seule question : pour le bien de la mission, quelles sont les collaborations qu’il serait bon de développer ? Il peut s’agir de véritables mises en commun comme une préparation unique au mariage, une pastorale des jeunes commune, des formations proposées à tous... ou un soutien mutuel pour certains pôles comme par exemple la catéchèse, la santé... ou pour certains temps-forts de jeunes ou d’adultes, pour des services comme la diaconie paroissiale ou pour des projets d’évangélisation. Les possibilités de collaboration sont
très nombreuses et elles seront très fécondes si l’on comprend ces alliances paroissiales comme une dynamique au service de la mission.

Quelle est l’étape suivante ?
J’ai eu la joie de constater que certaines EAP s’étaient déjà retrouvées pour réfléchir à leur collaboration. C’est
en ayant des projets en commun que les rapprochements se feront, et je souhaite laisser une grande liberté car les situations sur le terrain sont très différentes. Par ailleurs, nous avons commencé une réflexion avec les services diocésains pour toujours mieux répondre aux besoins
de la mission aujourd’hui. Nous avons besoin d’alléger nos structures pour être plus proches des réalités du terrain et plus disponibles à l’imprévu de Dieu. Comme le rappelait le pape François dans son homélie de la messe de la Pentecôte, l’Esprit est celui qui crée en même temps
la diversité et l’unité, dans la liberté.

Et comment voyez-vous l’avenir ?
Avec une très grande confiance. Nous venons de fêter la Pentecôte : c’est l’Esprit Saint qui fait la beauté, la force et la jeunesse de l’Église. L’enjeu est notre disponibilité pour accueillir le don de Dieu, pour nous laisser déranger comme les Apôtres. Dieu veut faire de chacun d’entre nous des disciples-missionnaires, c’est-à-dire des chrétiens profondément attachés au Christ, animés par
son Esprit et ouverts aux autres par la charité. Une des premières charités est de partager le trésor de la foi en Dieu qui est amour, lumière et vie.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le document « Points de repères pour les alliances paroissiales »

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