Saint Ennemond en Gier
le LIBAN dans la LOIRE

Mon voyage à Saint-Etienne dans le cadre du jumelage
Avec un groupe de vingt jeunes
2-6 octobre 2014

Je mène une nouvelle initiative dans le cadre du jumelage qui lie notre diocèse de Batroun à celui de Saint-Etienne (France) depuis 1997. Il s’agit d’un voyage religieux et culturel qui a pour objectif de consolider le jumelage et d’enrichir les liens d’amitié entre nos deux diocèses et entre nos diocésains Batrounais et Stéphanois.
Je suis avec un groupe de vingt jeunes représentant le diocèse, dont voici la liste : Remie KADDOUM, Elias ASSAF, Elie HAYKAL, Toni HAYKAL, Cynthia MENHEM, Marilyn MENHEM, Maritta ELIAS, Celena ACCARY, Marianne BARAKAT, Melanie HNOUD, Simon MOUBARAK, Marie Rita ASSAF, Marc NASR, Rami HANNA, Nohra SASSINE, Caroline EL-KODSY, Rebecca BAISSARI, Jennifer SAKR, Fadi El TABCHI, Marcelino ASSAL. Douze font partie du Mouvement Marial – Chevaliers de Marie de Batroun et représentent leur chorale, auxquels il faudra ajouter leur musicien; trois de la commission diocésaine des jeunes qui ont déjà participé aux JMJ de Madrid (2011) avec les jeunes de Saint-Etienne ; deux du Mouvement Apostolique Marial, et deux séminaristes. Leur âge varie entre 15 et 26 ans, en plus du benjamin de la chorale qui a treize ans et l’aîné, le musicien qui a 32 ans. La chorale des Chevaliers de Marie de Batroun avait accueilli l’été dernier, pour son festival, un groupe de jeunes musiciens stéphanois qui les avaient invités à venir cette année donner un concert franco-libanais à Saint-Etienne.
Nous avions donc commencé à préparer ce voyage dès novembre dernier. J’avais coordonné avec Mgr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Etienne, et le Comité de jumelage l’organisation de ce voyage.

Jeudi 2 octobre 2014
A 2h30, du matin, nous commençons à nous retrouver près de la cathédrale Saint Etienne de Batroun. A 3h00, nous prenons le bus pour l’aéroport de Beyrouth d’où nous devrons partir par le vol de la compagnie turque Pegasus de 6H30 en direction d’Istanbul puis de Saint-Etienne après trois heures d’escale.
A 13h20, nous sommes arrivés à l’aéroport d’Andrézieux-Bouthéon de Saint- Etienne où nos amis stéphanois du comité du jumelage, avec à leur tête le Père Louis Tronchon et Madame Isabelle Marcuzzi, nous attendaient, ainsi que le Père Sami Nehmé, prêtre de notre diocèse en ministère paroissial et en mission d’étude depuis trois ans dans le diocèse de Saint-Etienne dans le cadre du jumelage. Ils nous ont accueillis, au nom de Mgr Lebrun, dans la chaleur des retrouvailles ; puis ils nous ont accompagnés dans le quartier de la Terrasse à la paroisse du Bienheureux Antoine Chevrier (fondateur des Prêtres du Prado), dont le curé est le Père Christian de France qui accompagne le jumelage avec le Père Tronchon depuis le début, où ils nous avaient préparé un déjeuner.
Après le déjeuner, nous avons effectué un tour de table pour nous présenter et mieux nous connaître. Madame Marcuzzi, Père Tronchon et moi-même avons parlé de l’historique de notre jumelage et de ses étapes importantes depuis 1997. Madame Marcuzzi a détaillé ensuite le programme de notre séjour, qui se présente en trois temps forts – la Conférence, le Concert et la Célébration eucharistique – et que nous avons commencé immédiatement par une visite à l’église par la prière à l’intention de nos deux Eglises et nos deux diocèses, de nos deux pays, de nos pays du Moyen-Orient et de leurs peuples qui souffrent tant en ce moment. Nous avons confié ce séjour à Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de la Paix, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie Notre-Dame du Liban et de tous nos saints, afin qu’Il nous donne le courage de continuer à être ses témoins dans le monde d’aujourd’hui où le mal fait des ravages mais sans pouvoir vaincre nos volontés de réaliser le Royaume de Dieu sur terre.
Nos amis nous ont amenés ensuite en voitures faire un tour sur les collines surplombant la ville de Saint-Etienne. Ce fut un tour merveilleux où nous nous sommes arrêtés particulièrement à la réserve naturelle du Guizay auprès du monument consacré au Sacré-Cœur, puis au village splendide de la Rochetaillée et son château.
Nous sommes rentrés à 19h00 à Saint-Etienne, où les jeunes se sont occupés de la répétition du concert qu’ils doivent donner après demain samedi. Moi-même avec les Pères Tronchon, de France et Sami, ainsi que les deux séminaristes, nous étions attendus par Mgr Lebrun pour les vêpres puis le dîner à l’évêché. Ce fut un moment intense d’échange à propos du jumelage, à propos de nos soucis et de nos espérances dans nos Eglises, et surtout à propos du sort des chrétiens d’Orient.
Nous nous sommes échangés les cadeaux symboliques de notre amitié qui se confirme avec le temps.
Samedi 4 octobre 2014
Je commence la journée par la Messe à l’évêché. Mgr Lebrun est engagé dans une visite pastorale.
A 9h00, Nous sommes à Notre-Dame de l’Hermitage, lieu de fondation des Frères Maristes par le Bienheureux Marcellin Champagnat, pour une visite spirituelle. Les Frères maristes sont au Liban depuis de longues années, et à Batroun jusqu’en 1953 avant de se déplacer à Jbayl, et ont contribué à élever des générations libanaises qui leur restent reconnaissantes. L’accueil fut très chaleureux par les frères et la visite guidée nous a aidés à entrer dans la spiritualité du fondateur confiant en la Providence par l’intercession de Marie, Mère de Dieu.
A 11h00, nous sommes attendus à Saint-Chamond par M. François Rochebloine, Député de la Loire, membre de la Commission parlementaire des Affaires étrangères et ami du Liban. Il nous accueille dans sa permanence avec sa chaleur habituelle. Il connaît bien le Liban et Batroun en particulier pour y avoir été à plusieurs reprises à partir de 1989 lorsqu’il y est allé avec une délégation parlementaire pour « soutenir le peuple libanais dans son combat pour la liberté, la souveraineté et l’indépendance », alors que le pays était occupé par l’armée syrienne. C’est ce qu’il a d’ailleurs rappelé, même dans les détails, dans le mot qu’il nous a adressé. Il nous a rappelé que « le Liban est une priorité pour la France, non seulement à cause des liens historiques qui unissent les deux pays mais surtout pour ce que représente le Liban comme modèle de convivialité dans la diversité ». Il a signalé que « le jumelage entre les deux diocèses de Saint-Etienne et de Batroun qu’il a accompagné et qu’il continue d’accompagner avec intérêt et enthousiasme est un moyen de consolider l’amitié franco-libanaise et stéphano-batrounienne, notamment à travers les jeunes ». Il a même lu ce que je lui avais écrit dans le livre d’or le 4 août 2000 lors de la réception officielle qu’il nous avait réservée à sa permanence après la consécration officielle du jumelage par l’évêque de Saint-Etienne Mgr Pierre Joatton.
J’ai pris la parole ensuite pour lui dire notre reconnaissance pour l’attention qu’il porte au Liban et aux Libanais et pour le remercier de tous les efforts qu’il a déployés en faveur du Liban. J’a reconfirmé ce que je lui avais dit en l’an 2000, c'est-à-dire que « nous croyons fermement que le Liban restera le Pays-Message quoi qu’il arrive et malgré toutes les forces du mal qui frappent à ses portes », et que « nos jeunes, forts de leur espérance, oeuvrent pour un monde plus juste où tous les peuples opprimés pourront décider librement de leur sort et où leur pays, le Liban, retrouvera sa place méritée dans le concert des nations ».
Nous avons échangé ensuite les cadeaux ; et il nous a invités à un buffet préparé pour l’occasion.
A 12h30, nous partons avec nos familles d’accueil vers la montagne où elles nous avaient réservé un déjeuner de fête aux « Chalets des Alpes ». Nos jeunes n’ont pas tardé à animer le déjeuner par leurs chants et leurs danses auxquelles tout le monde a participé. Et vers 15h30, nous sommes montés au Mont Pilat, à 1440 m. d’altitude, pour une marche dans la nature.
A 20h00, notre chorale des Chevaliers de Marie a donné un concert tant attendu, avec la troupe Malak de l’école Saint-Ennemond en l’église Sainte Marguerite dans le quartier Montplaisir de Saint-Etienne. L’église s’était remplie et l’assistance a vibré avec les chants franco-libanais des deux chorales en les applaudissant tout le long des soixante-quinze minutes qu’a duré le concert, notamment le chant du milieu consacré à la Sainte Vierge Marie et le chant de la fin de Jésus ressuscité des JMJ de Madrid 2011. Les chefs des deux chorales, Rémi et Godefroy, avaient bien préparé à distance ce concert très apprécié par le public.
Et pour finir, j’ai réussi à prendre la parole au milieu d’applaudissements prolongés, pour dire :
« Chers jeunes libanais de Batroun, nous sommes fiers de vous !
Vous nous avez donné une leçon extraordinaire de joie, de courage et d’espérance.
Chers amis stéphanois, vous avez noté avec quelle joie et quelle foi nos jeunes ont chanté la paix, la fraternité, le pardon, la liberté et le respect de l’autre ; avec quelle sérénité ils ont chanté avec leurs frères musulmans de l’école Saint-Ennemond, et avec quelle foi ils ont chanté Marie qui est tant vénérée par les musulmans comme par les chrétiens !
Fallait-il aller jusqu’au Liban pour montrer qu’une convivialité islamo-chrétienne est possible aujourd’hui ? Et bien c’est la leçon que vous donnez, chers jeunes libanais, et c’est le message que vous transmettez ce soir à vos amis stéphanois !
Très chers Rémi et Godefroy ! Vous avez réussi, à cinq mille Km de distance, à préparer ce concert et à joindre vos jeunes chrétiens et musulmans ! Vous avez réalisé un exploit en nous montrant que le dialogue est possible et en amenant les musulmans à venir chanter avec vous les mêmes valeurs et chanter Marie sous la croix de cette église la veille de leur fête Al Adha, (Eid al-Kabir).
Nous rendons grâce à Dieu pour vos talents.
Nous remercions Mgr Lebrun, les membres du comité de jumelage, les familles d’accueil et tous nos amis stéphanois qui nous sont proches depuis 1997 ».
Dimanche 5 octobre 2014
10h30 : Nous avons rendez-vous à l’église Saint Pierre de Saint-Chamond où je dois présider la Messe en rite maronite. Mais quelle ne fut notre surprise en entrant à l’église de la trouver pleine de fidèles venus plus tôt pour le rendez-vous tant attendu. Père Sami Nehmé, vicaire à cette paroisse, avait bien annoncé notre venue et invité tous les amis du Liban à venir nous accueillir et vivre avec nous ce moment privilégié. Il avait préparé avec certains de ses paroissiens et l’équipe de jumelage le livret spécial pour la Messe maronite en arabe et en français. Je me rappelle d’avoir déjà célébré ici même le 17 mars 2012 lors de ma première visite à Saint-Etienne après mon ordination épiscopale au Liban à laquelle avait pris part Mgr Dominique Lebrun.
Nos familles d’accueil et celles du jumelage avec leurs enfants, nos amis stéphanois, et à leur tête M. Le député François Rochebloine, le Maire et les élus de Saint-Chamond, sont là.
Je rentre en procession à l’église entouré des Père Sami Nehmé, Père Antranik Atamian curé de la paroisse arménienne de Saint-Etienne, Père Bruno Cornier curé de la paroisse, Père Christian de France, Père Joseph Eid moine antonin curé de la paroisse maronite de Lyon. Notre chorale chante la Messe. La qualité d’écoute est au plus fort, tellement les Stéphanois voulaient vivre profondément cette célébration. Après la lecture de l’Evangile faite par le diacre de la paroisse (Mt. 28 : 16-20), je commence mon homélie par rendre grâce au Seigneur pour son Eglise qui est à Saint-Etienne : son évêque, Mgr Lebrun, qui n’a pu être physiquement avec nous mais qui est toujours présent dans nos cœurs et nos célébrations, les membres du comité du jumelage, nos amis stéphanois et leurs élus. Je m’arrête ensuite sur l’envoi en mission des Apôtres : « Allez donc de toutes les nations faites des disciples les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit leur apprenant à garder tous ce que je vous ai prescrit. Et moi Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ». « Les Apôtres, ai-je poursuivi, vivant encore dans la peur même après la résurrection du Christ, n’osaient pas sortir de leur maison. Ils craignaient de connaître le même sort que Jésus. Ce n’est qu’après la descente de l’Esprit-Saint qu’ils se libérèrent de la peur et sortirent prêcher le Christ vivant à travers tous les territoires de l’Empire romain, sans avoir peur de payer par le martyr le prix de leur foi en Jésus Christ ». « Nous chrétiens du Moyen-Orient, comme les Apôtres, nous avons depuis longtemps dépassé la psychose de la peur, et la peur de la mort. Nous avons accepté de porter la croix avec le Christ et de mourir avec Lui puisque nous sommes sûrs de gagner par Lui la Vie Eternelle. Nous n’avons d’ailleurs rien à gagner de ce monde puisque tout en lui est éphémère. Nous ne porterons avec nous en quittant ce monde que nos actions ; pourvu qu’elles soient des actions de charité et de miséricorde envers le prochain ». « Regardez nos jeunes ! Ils rayonnent de joie et d’espérance malgré la situation très critique qu’ils connaissent dans leur pays. Ils savent qu’ils vaincront le mal par leur foi et leur amour. Leur avenir paraît complètement bouché, mais ils ne désespèrent pas. Ils veulent rétablir, avec leurs concitoyens musulmans, leur pays, le Liban, dans sa vocation historique comme Pays Message de convivialité dans le respect des différences, de liberté et de dialogue entre les religions, les confessions, les civilisations et les cultures. Nous témoignons devant vous que le vivre ensemble est toujours possible et que l’autre n’est pas toujours un ennemi. Nous sommes l’Eglise du Christ et les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle. N’ayez pas peur ! Jésus Christ est avec nous jusqu’à la fin des temps ».
Le salut de paix que nous nous sommes échangé a bien montré que le message de paix est passé. Et le chant final, Jésus ressuscité, était accompagné par toute l’assemblée debout et applaudissant la joie de porter le Christ au monde d’aujourd’hui.
A la fin de la Messe, je me suis arrêté au fond de l’église, avec les concélébrants, pour saluer tout le monde et écouter dire combien nos « jeunes ont su transmettre leur joie et leur foi ». « Vous nous avez rempli les cœurs de joie. Revenez nous voir souvent », disaient-ils.
Après la Messe, nous étions attendus avec nos familles d’accueil et les membres du jumelage, au centre culturel arménien pour un déjeuner offert par la communauté arménienne. Ce fut un moment intense plein d’émotions. Les arméniens ont témoigné devant tout le monde que « leur peuple, après le génocide de 1915, fut accueilli au Liban où il put trouver la paix, garder sa culture et se développer dans l’unité nationale. La présidente du conseil paroissial a même témoigné, les larmes aux yeux, que son père, rescapé du génocide, orphelin, fut accueilli par une famille libanaise qu’il n’a jamais oublié et qu’il nous a commandé de l’aimer et d’aimer le Liban, ce pays modèle de fraternité et de liberté ».
Nos jeunes ont su créer une ambiance de joie en chantant et en entraînant tout le monde, même l’évêque (moi-même), dans la danse folklorique.
Ce n’est qu’à contre-coeur que nous avons quitté les lieux pour un après-midi avec nos familles qui ont décidé d’amener nos jeunes faire un tour dans la ville de Lyon.
Quant au Père Sami, il avait prévu une visite à Ars pour son évêque et les deux séminaristes. Une visite que nous avons hautement appréciée. Nous avons profité pour prier ensemble, auprès du patron des prêtres, pour notre diocèse en démarche synodale, pour nos frères les prêtres et les séminaristes, ainsi que pour nos frères et sœurs les religieux, religieuses et fidèles qui nous sont si chers.
Nous avons retrouvé nos jeunes à Lyon pour dîner ensemble.
Lundi 6 octobre 2014
Je commence ma journée par la Messe avec Mgr Lebrun et les prêtres de l’évêché à 8h00. J’ai eu ensuite le temps de discuter longuement avec lui de nos deux diocèses, de nos soucis et de nos espoirs pastoraux, du jumelage qui s’est consolidé encore plus par cette visite « qui a laissé des traces inoubliables » et devrait se poursuivre par des actions communes. Nous avons aussi évoqué les JMJ de 2016 en Pologne que nous avons à coordonner par le moyen de nos comités de jumelage. Je lui ai renouvelé toute ma reconnaissance pour les efforts déployés en vue de faire réussir notre voyage à travers les membres du comité de jumelage qui gagne à être rajeuni et les familles d’accueil.
A 9h30, j’étais attendu au bureau de la Radio diocésaine, RCF, pour une interview avec certains de mes jeunes qui ont exprimé leurs remerciements envers le diocèse et tous ceux qui les ont accueillis, et ont témoigné de leur satisfaction de ce voyage extrêmement riche à tous les niveaux : ecclésial, humain, culturel et touristique.
A 11h00, nous étions attendus à Andrézieux par la communauté paroissiale qui nous a préparé un déjeuner d’au revoir. Les prêtres du jumelage et les familles d’accueil nous ont accompagnés ensuite jusqu’à l’aéroport par un convoi de voitures qui nous a rappelés le Liban. L’adieu fut émouvant ! Et nous nous sommes promis de nous retrouver bientôt, au Liban et à Saint-Etienne.

A l’aéroport d’Istanbul, l’attente de six heures nous a été bénéfique. J’ai pu réunir les jeunes pour cueillir leurs impressions. Les voici en résumé :
1-Ils sont unanimes à dire combien « l’accueil des familles était exceptionnel ». « Nous avons senti qu’ils nous aimaient, qu’ils nous considéraient comme leurs enfants et qu’ils nous connaissaient depuis longtemps ». C’est le fruite d’un long cheminement dans le cadre du jumelage.
2- « Nous avons été marqués par la générosité et le dévouement de nos familles d’accueil et des membres du comité du jumelage avec le Père Sami. Ils ont sacrifié leur temps et offert leurs voitures et leurs cœurs pour se mettre à notre disposition ».
3- « Nous avons beaucoup appris de cette expérience si riche :
Nous avons découvert que les Français, et les Stéphanois en particulier, sont accueillants, aimables et cultivés, qu’ils aiment le Liban et les Libanais et qu’ils suivent de très près l’évolution de la situation au Moyen-Orient, au Liban et à Batroun, grâce au journal du Père Mounir qui leur arrive régulièrement ».
4- « Nous avons été marqués par les deux réceptions officielles à la Mairie de Saint-Etienne et à la permanence du Député de la Loire M. François Rochebloine à Saint-Chamond. Les élus rencontrés nous ont paru convaincus de la formule du Liban Pays-Message et prêts à le soutenir par tous les moyens ».
5- « Les trois temps forts, les trois C (Conférence, Concert, Célébration eucharistique), ont été intensément vécus par nous-mêmes et par nos amis stéphanois : 6- « Nous avons senti que nos amis ont été marqués par notre foi et notre joie communicatives, ainsi que par notre courage ». « Ils ont aussi remarqué la relation d’amitié et de proximité avec notre évêque et combien nous communiquions notre foi et notre ouverture ».
7- Enfin « nous avons senti que le message est passé : nous sommes forts en Jésus Christ et nous voulons montrer que vivre ensemble entre différents est possible ; le Liban et nous-mêmes en sont la meilleure preuve ! ». « La présence du Père Mounir, notre évêque, qui connaît les Stéphanois et maintient avec eux depuis de longues années un lien d’amitié solide, nous a beaucoup encouragé à faire passer le message ». « La présence du Père Sami dans le diocèse de Saint-Etienne a facilité le contact avec les familles ».
8- « C’est une expérience à refaire. Nous avons bien saisi l’enjeu du jumelage et nous sommes prêts à le poursuivre en encourageant les jeunes et les familles à venir nous voir au Liban ».
Avec mes jeunes, je ne peux que rendre grâce au Seigneur pour tous ceux qui se dévouent au service de notre jumelage : Mgr Lebrun, Père Tronchon, Madame Marcuzzi et les membres du comité du jumelage, nos familles d’accueil et celles qui nous ont accueillis depuis 1997.
Seigneur, nous Te louons et Te glorifions pour Ton infinie Bonté.
Kfarhay, 6 octobre 2014
Père Mounir Khairallah
Evêque de Batroun



Chrétiens du Moyen-Orient : Quel avenir ?
Mgr Mounir KHAIRALLAH, Evêque de Batroun – Liban
Introduction

Le sort des chrétiens du Moyen-Orient revient à la Une, notamment après l’échec du dit « Printemps arabe », l’apparition en force d’El Qaëda et de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie (Daesh) et la persécution des chrétiens d’Irak.
Les quelques titres parus ces deux derniers mois en disent long sur cette tragédie que connaissent de nouveau les chrétiens du Moyen-Orient :
« Les chrétiens d’Irak sont devant une crise d’existence » (2 juillet 2014).   « L’épuration religieuse à laquelle se livre l’Etat Islamique » (23 juillet). « Chrétiens d’Irak. Le monde s’en fout ! » « Silence … On persécute ! ». « Mossoul, une ville où la présence chrétienne, deux fois millénaire, subit une épuration ethnique. Le Liban sert encore une fois de terre d’accueil alors qu’il ploie déjà sous le poids de la présence des réfugiés syriens comptant 37 % de sa population ! » (1er août).
« L’EI s’empare de Qaraqosh, la plus grande métropole chrétienne d’Irak, comptant 50.000 habitants … Des dizaines de milliers de personnes fuient les Jihadistes » (8 août).
« Les frontières du Nouveau Moyen-Orient seront-elles tracées avec le sang des chrétiens ? C’est la question que tous les Libanais se posent, les yeux rivés sur la plaine de Ninive où cent mille chrétiens fuyaient hier, sous un soleil accablant, la progression des jihadistes et des ténèbres religieuses qui les accompagnent » (8 août).
« La visite des patriarches à Erbil leur a permis d’être témoins directs du déracinement d’un peuple » (20 août).
« La grande catastrophe qui s'est abattue aujourd'hui sur les chrétiens d'Irak, ceux de Mossoul et les 13 villages de la plaine de Ninive, ainsi que sur les yazidis et d'autres minorités » (27 août).

La situation au Moyen-Orient, en particulier après le déraillement du soi-disant printemps arabe, a pris un tournant très dangereux, marqué notamment par une forte montée de l'intégrisme musulman. Cette tendance a abouti à l'émergence d’organisations intégristes terroristes, tel que El Qaëda et ce qu'on appelle "Daesh" ou l'Etat islamique en Irak et en Syrie. Dans tout ce processus, les chrétiens se retrouvent à payer le prix le plus lourd de la lutte d’intérêts des Grandes Puissances internationales et régionales; et leur présence dans la région, datant de l'époque du Christ, est maintenant en réel danger.
Nous allons exposer, dans cet article non exhaustif, d’abord un aperçu historique de la présence des chrétiens au Moyen-Orient tributaire des guerres d’intérêts des Empires et Royautés, ensuite la situation actuelle des chrétiens du Moyen-Orient notamment ceux de l’Irak, et enfin l’avenir du rôle de ces chrétiens au Moyen-Orient et surtout au Liban.

1-Bref aperçu Historique
Nous, chrétiens du Moyen-Orient, sommes conscients des dangers que nous courons depuis que nous sommes dans cette partie du monde si tourmentée, mais aussi de la mission d’amour, de pardon et de paix que nous portons au nom de Notre Seigneur Jésus Christ. Nous sommes aussi conscients que nous payons le prix d’une politique erronée de l’Occident ou des chrétiens d’Occident vis-à-vis de leurs frères d’Orient, qu’ils présument protéger. Et cela depuis l’Empire byzantin, c'est-à-dire l’Empire romain en Orient, et l’arrivée de l’Islam au VII° siècle, qui s’est vengé contre les chrétiens autochtones en chassant les byzantins.
Les Croisades arrivées au XIº siècle pour « libérer la Terre Sainte » ont fait des ravages. Les Mamelouks, arrivés d’Egypte pour mettre fin aux « Etats latins d’Orient » et chasser les « Francs », se sont vengés contre les chrétiens autochtones qui ont de nouveau payé le prix. Je suis en train de relire en ce moment l’ouvrage d’Amin Maalouf « Les Croisades vues par les Arabes ». Je redécouvre une autre vision de l’histoire, nécessaire et complémentaire de celle que j’avais apprise à l’école « occidentale ».
Au XVIº siècle, François Ier, roi de France (1515-1547), se tourna, dans sa guerre contre Charles Quint, vers le Sultan Soliman II dit « le Magnifique » qui instaura l’Empire ottoman (1520-1566). Il lui demanda la faveur de protéger les chrétiens d’Orient, sujets de l’Empire. Le sultan consentit. Une fois François Ier parti, les chrétiens autochtones durent payer un prix et endurer une nouvelle fois les persécutions des Ottomans.
Mais l’idée de la protection des chrétiens d’Orient resta vive chez les Grandes Puissances Occidentales, beaucoup plus pour leurs intérêts que par amour pour ces chrétiens. Une fois l’Empire ottoman affaibli, et devenu « l’homme malade », à partir de la première moitié du XIXº siècle, les Puissances européennes revinrent à la charge et entrèrent au Moyen-Orient sous le prétexte de protéger leurs frères chrétiens d’Orient. Ils introduisirent bien sûr les bienfaits de la Renaissance faisant profiter les populations de la région des acquis culturels, mais aussi leurs conflits et leurs querelles politiques, notamment franco-anglaises. Et à l’occasion de ces conflits, on commença à parler en Occident de la « Question d’Orient », et chaque Puissance prit en protection une communauté. Et de nouveau les chrétiens eurent à en payer le prix et à souffrir de la vengeance ottomane, qui s’exprima par le massacre des chrétiens du Mont Liban et de Damas en 1860. Cette situation dura jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale et la chute de l’Empire ottoman (1918) qui avait dominé l’Orient, et même une partie de l'Europe orientale, durant 400 ans !  nous  affrontons aujourd’hui les mêmes problèmes et nous nous voyons confrontés, malgré nous, à l’Islam et aux musulmans, surtout après l’intervention militaire en Irak de l’Administration du président George Bush. Ce dernier employa, dans l’un de ses discours, le terme de « croisades ». Les réactions des fondamentalistes islamistes ne se firent pas attendre, les attentats se succédèrent et les réactions violentes aussi, jusqu’à la formation des organisations d’El Qaëda et de Daesh.

2-Situation actuelle
C’est le cri d’alarme lancé par Sa Béatitude le patriarche chaldéen Louis Sako qui a ouvert les yeux et secoué les consciences. Dans sa lettre adressée, le 5 août 2014, à Sa Sainteté le Pape François, aux Patriarches, Evêques et Présidents des Conférences épiscopales, il dit que les chrétiens d’Irak sont devant une « crise d’existence » :
« Les chrétiens affrontent une tragédie énorme. Les chrétiens de Mossoul horrifiés ont quitté la ville fuyant l’Etat Islamique (Daesh) avec seulement leurs habits sur eux. Leurs églises ont été profanées. Une migration en masse a eu lieu d’autres villages et villes de la plaine de Ninive… des personnes ont été massacrées…
L’Eglise, qui se trouve toute seule plus qu’en tout autre temps, exige que ses leaders réagissent avant qu’il ne se fait trop tard en exerçant la pression nécessaire sur la communauté internationale ainsi que sur ceux qui détiennent les décisions à prendre, en vue de solutions fondamentales à ces crimes scandaleux.
Il est à signaler que toutes ces tueries accusent comme motivation la convoitise envers ce qui est caché sous la terre comme pétrole, gaz… Qu’est-ce qui expliquerait donc cette guerre curieusement radicalisée selon un plan prémédité ne tenant compte le moins du monde des destinées des peuples ?
Nous sommes également aussi choqués qu’indignés par l’absence d’une prise de position vigoureuse des musulmans et de leurs leaders religieux, bien que ces factions représentent une menace pour les musulmans eux-mêmes…
Nous faisons appel à la communauté internationale, notamment les Grandes Puissances qui détiennent la solution. Nous nous adressons vivement à leurs consciences afin de réviser leurs dispositions et de réévaluer l’impact de la situation actuelle…
Nos chrétiens ont un besoin vital d’une aide humanitaire urgente, comme ils ont besoin d’une protection véridique efficace et de nature permanente sensée les rassurer pour qu’il n’y ait pas de terme à leur existence dont les origines sont profondément enracinées en Irak ».
Il avait déjà prévenu, le 2 juillet, que « Les troupes de l’EI règnent en maître à Mossoul et dans presque tout l’Ouest irakien. Les tambours de la guerre s’y annoncent fortement… Les réfugiés se comptent par millions… ».

Tout avait commencé, selon un témoin de Mossoul, le 9 juin. « L’Etat Islamique, aidé par le parti Baas débute son offensive contre la ville de Mossoul. Celle-ci se compose en majorité de sunnites, avec des minorités chiites et chrétiennes. La cité était pourtant gardée par des centaines de milliers de soldats du régime… Le 26 juin, les milices se sont dirigées vers Qaraqosh, une ville qui compte cinquante mille chrétiens. L’offensive qui dure dix jours, se termine par la défaite de l’EI suite à l’intervention de l’armée kurde (soutenue par l’aviation américaine). C’est cette défaite qui a engendré la haine envers les chrétiens… Le 15 juillet, nous avons fui. On ne nous a même pas laissé le temps de ranger nos affaires et de quitter la maison… Nous étions soumis à quatre choix : quitter la ville les mains vides, se convertir à l’islam, verser une amende, ou mourir ».
On ne peut qu’être troublé par le fait que les Etats-Unis n’ont finalement fait usage de leur puissance de feu et de leurs drones qu’une fois les fanatiques de l’Etat Islamique Daesh parvenus aux frontières du Kurdistan. Une semaine plus tôt Qaraqosh aurait pu être sauvée avec ses 50.000 chrétiens jetés sur les routes par un retrait-surprise, en pleine nuit, des peshmergas qui en assuraient la sécurité !

Le 20 août 2014, Une délégation de patriarches orientaux catholiques et orthodoxes, présidée par notre Patriarche Cardinal Béchara Raï, arrive à Erbil pour une visite de solidarité avec les chrétiens « expulsés de leurs maisons et spoliés de leurs biens ». Cette visite a permis aux patriarches d’être témoins directs du « déracinement d’un peuple ».
Le 27 août, les Patriarches se sont retrouvés à Bkerké autour de notre Patriarche Cardinal Raï, pour discuter de la situation des chrétiens dans la région et appeler les leaders de la communauté internationale à assumer leur responsabilité dans l’éradication des mouvements terroristes et stigmatiser les « crimes contre l’humanité » commis par Daesh. Ils ont été rejoints par le Nonce apostolique au Liban et les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies ainsi que le représentant personnel du Secrétaire général des Nations Unies.

Dans le communiqué qu’ils font publier, les patriarches précisent que « l'agression contre les chrétiens dans notre monde aujourd'hui prend une tournure grave qui menace la présence chrétienne dans plusieurs pays, notamment dans le monde arabe, et plus particulièrement l'Égypte, la Syrie et l'Irak. Les chrétiens de ces pays sont victimes d'agressions et de crimes odieux qui les poussent à émigrer arbitrairement de leurs pays, dont ils sont des citoyens de souche depuis deux mille ans. Les sociétés islamiques et arabes sont ainsi privées d'une richesse humaine, culturelle, scientifique, économique et nationale importante. Cela est fort douloureux, mais ce qui l'est encore plus c’est le silence des instances régionales face à ce qui se produit et la position internationale tiède.
La grande catastrophe qui s'est abattue aujourd'hui sur les chrétiens d'Irak, ceux de Mossoul et les 13 villages de la plaine de Ninive… Leur nombre avant l'exode était de 120 000 ; 60 000 d'entre eux sont aujourd'hui déplacés dans le mohafazat d'Erbil et 50 000 dans le mohafazat de Dohouk. Nous appelons avec insistance la communauté internationale à déployer ses efforts pour qu'ils puissent y retourner en toute dignité, et protéger leurs droits et leur sécurité de citoyens.
Les États, surtout arabes et islamiques, ne peuvent pas rester silencieux et sans bouger face à "l'État islamique -Daesh" et aux organisations terroristes et takfiristes similaires qui portent une atteinte considérable à l'image de l'islam dans le monde. Ils sont appelés à pousser la communauté internationale à éradiquer ces mouvements terroristes par tous les moyens autorisés par le droit international.
La communauté internationale est elle aussi responsable du développement de l'État islamique (Daesh) et autres mouvements takfiristes terroristes. À ces deux devoirs s'ajoute la nécessité de faire pression par la force, de la part de la communauté arabe et internationale, sur les bailleurs de fonds de ces groupes, les trafiquants d'armes et ceux qui les entraînent, États et groupes, pour couper les sources de la violence terroriste takfiriste ».

Deux jours après, le Patriarche Raï était à Rome pour parler au nom des Patriarches d’Orient et exposer, au congrès annuel du « Réseau International Catholique de Législateurs » présidé par le Cardinal Christoph Schönborn archevêque de Vienne (Autriche), la situation critique des chrétiens du Moyen-Orient et les dangers qui les guettent et qui constituent « une menace pour la présence chrétienne dans de nombreux pays et en particulier dans la région arabe, à savoir l'Egypte, la Syrie et l'Irak ».
« Sous l'égide du dit printemps arabe, dit-il, les chrétiens sont attaqués et contraints de quitter leur pays, où ils ont vécu, en tant que citoyens d'origine et authentiques pour 2.000 ans. Cet exode prive la région d'une grande richesse humaine, culturelle, scientifique, économique et nationale, et offre en même temps une image déformée de l'islam en le présentant au monde comme une religion qui rejette la diversité et persécute ceux qui sont différents ».
« Nous considérons, poursuit-il, que la communauté internationale porte une certaine responsabilité dans la croissance des organisations terroristes et dans la situation dramatique que connaissent les pays du Moyen-Orient. Tout le monde sait que ces pays sont victimes de la lutte internationale motivée par des intérêts politiques, économiques et stratégiques, liés au gaz et au pétrole dans ces pays ».
Et il est aujourd’hui, le 11 septembre, date symbolique et fatidique pour les Américains, à Washington, au Sommet de la Défense des chrétiens d’Orient : « In Defense of Christians », pour exposer, au nom de ses confrères les Patriarches d’Orient qui l’accompagnent, les mêmes griefs et proposer les mêmes solutions :
1 –«  Mettre un terme aux organisations terroristes. Les Etats Islamiques ne peuvent pas rester observateurs silencieux, regardant simplement l’EI (Daesh) et toutes les organisations terroristes qui sont en train de causer beaucoup de tort à l'Islam lui-même. Les chefs religieux sunnites et chiites doivent émettre des fatwas qui condamnent les attaques contre les chrétiens et interdisent la violation de leurs églises, leurs maisons et leurs biens.
2 - Créer une force militaire sous les hospices de l'Organisation des Nations Unies et le Conseil de sécurité pour mettre un terme à l'invasion des organisations terroristes. C’est ce qui a été décidé, hier le 10 septembre, par le Président américain Obama qui a dévoilé sa stratégie pour « lutter contre l’Etat Islamique et le détruire ».

3 - Au-delà des deux obligations mentionnées, la pression doit être exercée par les communautés arabes et internationales sur ceux qui financent ces organisations ou qui les aident par les armes ou la formation, afin de couper les sources de violence et de terrorisme. C’est ce qui a été fait enfin par la Ligue arabe qui a décidé, lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères tenue au Caire le 7 septembre, de « prendre les mesures nécessaires pour affronter militairement et politiquement les groupes terroristes, y compris l’EI.
4 -Soutenir la présence chrétienne dans le but de protéger le dialogue interreligieux ainsi que la coexistence pacifique entre les cultures et les civilisations », dont le Liban représente l’exemple et le modèle.

3- L’Avenir des chrétiens du Moyen-Orient dépendra de celui des chrétiens du Liban
Au-delà de ces situations critiques, les chrétiens d’Orient gardent les yeux tournés vers le Liban qui reste pour eux la « Qebla » (direction de la Mecque vers laquelle se tournent les yeux de tous les musulmans), le point de mire et le symbole d’une présence chrétienne active et effective. Les chrétiens du Liban ont en effet réussi, malgré toutes les difficultés, à relever un grand pari, c'est-à-dire fonder avec leurs concitoyens musulmans et juifs, au début du XXº siècle, un Etat démocratique, multiconfessionnel et pluraliste où chacune des dix-huit communautés (douze chrétiennes, cinq musulmanes et une juive) garde sa spécificité et sa diversité religieuse et culturelle dans l’unité nationale. C’est l’idée du « Pays-Message » - message de convivialité, de liberté, de dialogue, d’ouverture et de respect des diversités -, telle que formulée par le Pape Jean-Paul II, qui avait saisi l’importance capitale de l’expérience pionnière des chrétiens du Liban. Dans son Exhortation apostolique « Une espérance nouvelle pour le Liban »(1997), il avait invité les «Libanais, chrétiens et musulmans, à intensifier le dialogue et la collaboration entre eux, et avec les musulmans des autres pays arabes, dont le Liban est partie intégrante. C’est en effet un même destin qui lie les chrétiens et les musulmans au Liban et dans les autres pays de la région… Le dialogue et la collaboration entre chrétiens et musulmans au Liban peut aider à ce que, dans d’autres pays, se réalise la même démarche » (nº 92, 93).
Le Pape Benoît XVI, en visite au Liban le 14 septembre 2012 pour signer l’Exhortation apostolique ‘L’Eglise au Moyen-Orient’, a reconfirmé ce rôle du Liban en soulignant que « l’heureuse convivialité toute libanaise doit démontrer à l’ensemble du Moyen-Orient et au reste du monde qu’à l’intérieur d’une nation peuvent exister la collaboration entre les différentes Eglises, et dans le même temps la convivialité et le dialogue respectueux entre les chrétiens et leurs frères d’autres religions ».

Les Patriarches d’Orient dans leur communiqué du 27 août 2014 réaffirment que : « Chrétiens et musulmans ont vécu ensemble durant 1.400 ans. Les chrétiens ont toujours été, dans leurs pays, les vecteurs de la renaissance culturelle, sociale, économique et nationale, et ont diffusé une culture de la diversité, de l'ouverture et du respect de l'autre, de la coopération avec lui, ainsi que les valeurs de la citoyenneté, et ont consolidé les libertés publiques et les droits de l'homme ».
Le 6 septembre, à l’initiative de M. Mouhammad Sammak, Coprésident du Comité national libanais pour le dialogue islamo-chrétien, conseiller politique et religieux du Mufti de la République, invité spécial du Synode des Evêques pour le Moyen-Orient, une centaine de personnalités musulmanes libanaises signent un appel dans lequel elles condamnent « les crimes contre l’humanité commis par Daesh » qualifié de « la pire des atteintes adressées à l’Islam même » et du « pire danger auquel il est confronté depuis le début du XXI° siècle ». « Les chrétiens sont victimes, dans certains pays arabes, notamment en Syrie et en Irak, d’une campagne de persécution sans précédent dans l’histoire des sociétés arabes. Le déracinement des chrétiens de leurs villes et villages, fruit de cette répression, ainsi que la confiscation de leurs maisons et de leurs biens et la violation des sanctuaires de leurs églises et de leurs monastères constituent des crimes contre l’humanité, contre la religion et contre la nation ».
Le même M. Sammak avait écrit le 5 janvier 2011 :
« C’est un devoir civique des musulmans que d’aider à ce que la présence chrétienne retrouve sa crédibilité et son rôle, et à ce qu’elle ne reste pas une simple présence en soi, afin que le Moyen-Orient redevienne ce qu’il a été au cours des siècles : un berceau de la religion, de la culture et de la civilisation… Une grande partie de la souffrance chrétienne au Moyen-Orient est due à la diminution du rôle chrétien au Liban, qui se répercute négativement sur les chrétiens dans le reste de la région. Favoriser la présence chrétienne au Moyen-Orient doit nécessairement partir du Liban qui est la nation message de la convivialité civile entre musulmans et chrétiens. Dans les limites de nos possibilités, nous essayons de sensibiliser les musulmans à la grave perte que la fuite et l’émigration des chrétiens impliqueraient pour le Moyen-Orient. A cause de cet exode, l’Orient est en train de perdre son identité, sa pluralité, l’esprit de tolérance et de respect réciproque ».

Conclusion
Les chrétiens du Liban – comme leurs frères des autres pays du Moyen-Orient - ont payé très cher le prix de cette qualité de présence, au cours des siècles, ils ne veulent en aucun cas et pour quelque raison que ce soit, en perdre les bienfaits aujourd’hui.
C’est notre conviction profonde. C’est notre mission. Comme nous avons été dans notre Moyen-Orient, aux XVIIIº, XIXº et XXº siècles, les champions de la Renaissance - religieuse, culturelle, politique et économique - nous voulons être, au XXIº siècle, les champions des droits de l’homme, les référents de la convivialité dans la liberté et le respect des diversités, et les promoteurs de la culture du dialogue, du pardon et de la paix.
Ce n’est pas notre démographie qui comptera, ni notre puissance militaire, mais plutôt notre qualité de présence au service de nos frères et notre capacité de les aimer. Nous avons donc à changer de stratégie, c’est à dire dépasser la psychose de la peur et sortir de toute position défensive pour témoigner de Jésus Christ, Dieu fait homme par amour pour des hommes, crucifié et mort pour sauver tous les hommes.
Nous sommes là et nous y resterons attachés à notre mission, levain dans la pâte de ce Moyen-Orient en recherche permanente de paix juste et durable.
C’est là notre avenir !
Batroun, le 11 septembre 2014